Aliments à éviter en essais bébé : les 10 erreurs fréquentes en préconception

Gwénaëlle Decloix

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Se faire plaisir, sans tomber dans le « tout ou rien »

Oui, il faut se faire plaisir de temps en temps. Et non, on ne vit pas en Terre du Milieu : vos habitudes alimentaires ne se divisent pas entre les gentils Hobbits de Cul-de-Sac d’un côté et l’armée de Sauron du Mordor avec ses vilains Orques, Uruk-hai, trolls et Nazgûl de l’autre (j’espère n’avoir omis personne, pour ne pas froisser les inconditionnels). Dans la vraie vie, il n’y a pas d’aliments « bons » d’un côté et d’aliments « mauvais » de l’autre. Il y a surtout des habitudes, des quantités et ce que l’on répète sans y penser. Tout se joue sur la fréquence, pas sur la perfection. (Et ça, c’est plutôt une bonne nouvelle.)

Les charcuteries industrielles

Je vous vois venir : « Oui, mais la raclette, c’est sacré. » Je suis d’accord. (La vie sans raclette, je ne signe pas.) En revanche, la charcuterie industrielle au quotidien, c’est une autre histoire : beaucoup de sel, parfois du sucre ajouté, et des additifs de salaison. On parle souvent des nitrates et nitrites, car ils peuvent conduire à des composés nitrosés dans certaines conditions. Sans entrer dans un cours de chimie : si vous en consommez très souvent, ce n’est pas un bon pari sur le long terme (cancer, etc). Et, chez certaines personnes, cela peut aussi accentuer une sensation de ventre gonflé.

À la place : gardez la charcuterie pour les moments plaisir, mais choisissez-la de meilleure qualité chez un boucher-charcutier. Et, le reste du temps, misez sur des protéines simples : œufs, volaille, petits poissons, légumineuses, ou une assiette végétale bien construite. Moins de produits transformés, plus d’aliments reconnaissables.

Les chips (et autres gâteaux apéritifs)

Les chips, mais aussi beaucoup de gâteaux apéritifs industriels, ont un point commun : ils sont conçus pour donner envie d’y revenir. Le mélange gras + sel + charge glucidique rapide active fortement le circuit du plaisir. À cela s’ajoutent souvent des arômes, des exhausteurs de goût comme le glutamate, et parfois des sucres cachés. Résultat : on ouvre le paquet en pensant « juste une poignée »… et il disparaît tout seul.

Ce n’est pas un manque de volonté. C’est un produit conçu pour être difficile à arrêter.

À la place : gardez l’idée de l’apéro, mais changez les bases. Bâtons de crudités, olives, noix, pois chiches grillés au paprika. Des dés de fromage avec quelques fruits secs, cranberries, abricots, raisins, et là, franchement, c’est un petit feu d’artifice en bouche (je ne sais pas pour vous, mais moi je trouve ça irrésistible).

Et pour le côté gourmand : des sauces maison pour tremper. Une base fromage blanc, yaourt grec ou skyr, puis vous variez les associations : ail doux + paprika, citron + herbes fraîches, curry + citron vert, cumin + coriandre… C’est simple, mais ça change tout.

Je ne sais pas pour vous, mais moi j’appelle ça un « apéro cadeau ». Oui, cela coûte un peu plus cher. Mais choisir un bon fromage chez le fromager, un bon pain, prendre le temps d’assembler les saveurs… c’est une vraie marque d’attention. Et je trouve ça très touchant.

Les sauces industrielles (ketchup, mayo, samouraï, algérienne, etc.)

On retrouve souvent la même recette : sucre + gras + sel, plus une liste d’additifs, et parfois des exhausteurs de goût (dont le glutamate). Résultat : on surcharge vite un repas sans s’en rendre compte, et on finit par chercher le goût de la sauce, plus que celui des aliments. (La malbouffe en flacon, pour résumer.)

À la place : la moutarde peut très bien faire le job. Et, si vous aimez les sauces, faites simple : une base fromage blanc ou yaourt grec, puis une association claire. Par exemple : citron + aneth + poivre (top avec poisson), ail doux + ciboulette, curry + citron vert, paprika fumé + jus de citron. Ça donne envie, sans l’effet sauce doudou industrielle.

Les pâtes à tartiner industrielles (type Nutella)

On parle d’un produit très sucré et très gras. Peu importe la pub du moment, ça reste un plaisir ponctuel, pas un aliment de fond. Et oui, il y a aussi une question de choix d’ingrédients et d’impact global (dont l’huile de palme, qui pose débat). Ici, l’objectif n’est pas de faire peur : juste de remettre la pâte à tartiner à sa place. (Une place qui existe, au passage.)

À la place : beurre, confiture, miel si vous en consommez, ou purée d’oléagineux (cacahuète, amande, noisette). Et si vous voulez une version pâte à tartiner, il existe des recettes maison simples. Si vous préférez une option du commerce, visez une liste d’ingrédients courte. Certaines références type Bonne Maman ont parfois une composition plus simple que la moyenne, même si cela reste un plaisir pour les soirées crêpes par exemple.

Les céréales industrielles du petit-déjeuner

Qu’elles soient « pour enfants », « spécial adultes », ou « soi-disant healthy », beaucoup de céréales du commerce cumulent sucre ajouté et céréales très transformées. Certains procédés industriels changent la façon dont le corps assimile l’aliment. Et quand les céréales forment des « paquets collés » (façon grosses pépites croustillantes), ce collage vient souvent de matières grasses et de sucres ajoutés.

Le scénario classique : énergie très haute au début, puis coup de fatigue et fringale vers 10 ou 11 heures.

À la place : une base de flocons d’avoine, puis vous construisez votre bol. Fruits à coque, graines, morceaux de fruits. Et un bocal plaisir : cannelle, cacao, vanille, un filet de miel si vous aimez, ou un peu de sirop d’érable. (Si vous le souhaitez, j’ai une recette très simple et délicieuse que je partage volontiers lors de nos rendez-vous.)

Les yaourts aux fruits

Les laitages peuvent avoir leur place. Le souci vient surtout des yaourts aux fruits industriels : beaucoup de sucre, arômes, et des fruits de qualité faible. Le « 0 % » peut aussi tromper : cela parle du gras, pas du sucre. Et, parfois, certaines recettes utilisent des fruits neutres aromatisés pour imiter un parfum. Bref : ça ressemble à un fruit, mais ça ne fait pas le travail d’un fruit.

À la place : yaourt nature, fromage blanc nature, skyr nature. Puis vous ajoutez un vrai fruit coupé. Et si vous ne voulez pas de lait de vache, vous pouvez aussi choisir des versions chèvre ou brebis. Pour sucrer légèrement : un peu de miel, un peu de compote sans sucre ajouté, ou quelques morceaux de dattes. (Simple, bon, et beaucoup plus logique.)

Les sodas et boissons énergisantes

Ici, le souci ne se limite pas au sucre. On parle aussi d’acidité, d’additifs, de caféine pour certaines boissons, et d’édulcorants pour les versions « zéro ». Sur ces édulcorants, les données ne donnent pas toutes la même conclusion, mais on voit des signaux de prudence, dont des effets possibles sur le microbiote chez certaines personnes. Dans une période d’essais bébé, si vous pouvez éliminer ce type de boisson, votre corps ne vous fera pas la tête. (Promis.)

À la place : eau, eau pétillante, citron, infusions, thé léger. Et si vous voulez un « truc sympa » : une eau aromatisée maison, ou une infusion froide avec menthe et agrume. Ça a un côté boisson plaisir, sans la canette.

Les jus de fruits (et les smoothies, au passage)

Vous avez déjà pressé une orange : vous voyez bien que cela ne remplit pas un grand verre. Pour un verre de 250 ml, il faut plusieurs oranges. Et là, vous buvez le sucre de plusieurs fruits, en quelques gorgées, sans les fibres. Pour donner un repère concret : un verre de 250 ml de jus d’orange contient autour de 23 g de sucres. Les smoothies posent souvent le même souci : une grosse quantité de fruits, vite avalée, sans mastication.

À la place : des fruits entiers, à croquer. Si vous aimez les fruits préparés, coupez-les en morceaux, ajoutez des noix, ou un yaourt nature, et vous obtenez un encas plus stable. Même plaisir, impact différent.

Les produits light, allégés, 0 %

Deux cas reviennent souvent. D’abord, les produits « allégés en sucre », qui reposent parfois sur des édulcorants. Selon la molécule et la sensibilité de chacun, on peut observer des effets digestifs, et la question du microbiote justifie une vraie prudence. Ensuite, les produits allégés en gras, surtout les laitages 0 %. Le gras n’est pas le mal : il sert aussi de support à certaines vitamines. Retirer presque tout, puis compenser avec texture, arômes, ou sucre, ne donne pas un meilleur produit.

À la place : choisissez des versions classiques, simples, peu transformées, puis ajustez la quantité. Et si vous aimez la crème en cuisine : une version moins riche (du type 18 %) peut dépanner, sans basculer dans le tout -0 %.

Les produits à base de farine raffinée (biscuits, gâteaux, pain blanc, etc.)

Les farines blanches et raffinées, on les retrouve partout : biscuits, gâteaux, pâtisseries industrielles, pain blanc, brioches. Le piège, c’est l’étiquette : on lit « glucides », puis « dont sucres », et on se dit « oh, ça vaaaaa ». Sauf que farine très raffinée et sucre rapide, dans le corps, ça se ressemble souvent. Même logique pour certains produits très triturés à base de pomme de terre, comme certaines purées industrielles.

À la place : si vous faites de la pâtisserie, une farine semi-complète marche souvent très bien selon les recettes. Pour le pain, testez une version plus complète, ou au moins semi-complète. Et si vous achetez des biscuits ou gâteaux : visez une liste d’ingrédients courte, et gardez ça pour le plaisir, pas pour tous les jours.

Le mot de la fin : pas de culpabilité

Si vous cochez plusieurs cases, vous n’avez rien raté. Vous avez juste mis le doigt sur des habitudes. Et ça, c’est déjà bien. Le but n’est pas la privation. Le but, c’est un quotidien plus simple, plus cohérent, plus doux.

Et la suite logique : comment manger en préconception, concrètement

Limiter certains produits aide, mais la vraie différence vient souvent de ce que vous ajoutez : des repas simples, qui rassasient, qui stabilisent l’énergie, et qui soutiennent le cycle féminin. Et oui, le bio peut entrer dans la réflexion : ce n’est pas parfait, mais cela peut réduire l’exposition à certains résidus. J’explique tout cela plus en détail dans mon guide sur l'Alimentation en préconception, disponible dans la boutique du site, avec des informations scientifiques fiables, des exemples concrets et une approche réaliste, parce que la vie, c’est la vie.

Références utilisées pour l’article

International Agency for Research on Cancer (IARC).
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