Comment faire les bébés : mythes, croyances et vérités sur la conception

CONCEPTION

Gwénaëlle Decloix

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google fertilité gwenaelle decloix
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Vous vous êtes peut-être déjà demandé : « Est-ce qu'il y a une astuce pour tomber enceinte plus vite ? » Ou sa petite cousine : « Comment faire pour avoir une fille ? Et pour un garçon ? »

La vérité est simple : depuis que l’humanité existe, tout le monde apporte son grain de sel. Philosophes de l’Antiquité, médecins très sûrs d’eux, grands-parents bienveillants, forums en ligne anonymes… chacun propose sa « méthode miracle ».

Je vous propose une petite promenade dans l’histoire des croyances autour de la conception, avec un seul objectif : sourire, se détendre, puis remettre la biologie au centre du tableau.

Quand Hippocrate conseillait déjà pour “choisir” le sexe du bébé

Dans la Grèce antique, les médecins pensaient que l’utérus avait un côté pour les filles et un côté pour les garçons. La gauche pour les filles, la droite pour les garçons. Pour obtenir le « bon côté », certains textes expliquent qu’il fallait, par exemple, nouer le testicule droit de l’homme pour favoriser une conception sur la gauche de l’utérus et donc espérer une fille.

On trouvait aussi des conseils alimentaires assez savoureux : aliments « chauds et secs » pour favoriser un garçon, aliments « froids et humides » pour favoriser une fille. Toujours sur la base de cette vision très symbolique du corps féminin et masculin.

Ce que la science actuelle répond à tout cela :
Le sexe du bébé dépend du chromosome porté par le spermatozoïde qui féconde l’ovocyte : X pour une fille, Y pour un garçon. Rien ne permet de contrôler finement quel spermatozoïde y parvient avec ce type de rituels, de nouage de testicule ou de choix d’aliments « masculins » ou « féminins ».

Donc oui, l’histoire est fascinante, mais si vous tombez sur un conseil impliquant une ficelle, un testicule et un grand discours sur la gauche et la droite de l’utérus, vous pouvez garder votre ficelle pour emballer les cadeaux, on laisse monsieur tranquille !

Empire chinois, tableaux mystérieux et prédictions très poétiques

Du côté de la Chine impériale, on trouve un autre monument de folklore : les célèbres tableaux de prédiction du sexe du bébé, fondés sur l’âge de la mère et le mois de conception. Ces calendriers s’appuient sur des concepts de Yin-Yang, Cinq Éléments et cycles du temps, et certains sites les présentent encore comme des outils pour « prévoir » ou « orienter » le sexe du futur enfant.

Là aussi, c’est très séduisant. On coche une case, on pose un doigt sur un tableau et hop : verdict.

Ce que la science actuelle répond :
Les études disponibles ne valident pas ces tableaux comme méthode fiable. Leur taux de réussite global se rapproche très souvent de… 50 %. Autrement dit, la même probabilité qu’un pile ou face sur une pièce de monnaie. Vous pouvez donc vous amuser avec ce genre de calendrier comme on joue à un jeu de société, mais pas comme base de décision sérieuse.

Moyen Âge, Renaissance et “tests” de prédiction dignes d’un conte

En Europe, pendant des siècles, la question « est-ce une fille ou un garçon ? » a nourri une créativité sans limite.

Quelques perles issues des traditions :
On proposait parfois à une femme enceinte une rose et un lys. Si elle choisissait le lys, certains y voyaient le signe d’un garçon ; si elle penchait pour la rose, signe d’une fille. On regardait la forme du ventre, l’appétit, les envies alimentaires, la texture des cheveux, la forme du visage pour « deviner » le sexe du bébé. On ne parle même pas des versions plus théâtrales avec bagues suspendues au-dessus du ventre : si la bague tournait d’une certaine façon, cela « annonçait » un garçon, dans l’autre sens, une fille.

Ce que la science actuelle répond :
Ces « tests » reposent sur des interprétations symboliques, pas sur des données biomédicales. Les grandes synthèses actuelles sur les méthodes de prédiction du sexe montrent qu’aucune de ces approches (formes du ventre, envies alimentaires, tests maison) ne dépasse vraiment le hasard lorsque l’on vérifie sérieusement les résultats.

Vous pouvez donc garder la bague au doigt et la rose au jardin, elles ne vous seront d’aucune utilité pour bébé.

Positions, calendrier miracle et promesses très marketing

Avec le XXe siècle arrivent la médecine moderne… mais aussi de nouvelles recettes « pseudo-scientifiques ».

On voit alors apparaître :

Les calendriers de conception « fille ou garçon ». Certains auteurs proposent d’associer jour du cycle, position sexuelle, rythme des rapports et parfois alimentation, pour augmenter les chances d’avoir un sexe plutôt qu’un autre. L’exemple le plus connu est la méthode Shettles, popularisée dans les années 1970, qui repose sur l’idée que les spermatozoïdes Y seraient plus rapides et plus fragiles, alors que les spermatozoïdes X seraient plus lents et plus robustes. Cette méthode recommande donc un timing précis des rapports selon le sexe désiré.

Ce que les études montrent :
De grands travaux sur le timing des rapports par rapport à l’ovulation indiquent que le moment du rapport influence bien la probabilité de conception, mais pas le sexe du futur bébé. Pour le sexe, les auteurs d’un article de référence publié dans le New England Journal of Medicine concluent que, « en pratique, le moment du rapport n’a pas d’effet sur le sexe du bébé ».

Des études plus récentes explorent des combinaisons très encadrées de régime maternel et de timing des rapports, parfois avec des résultats intéressants pour concevoir une fille, mais dans des conditions très spécifiques, difficiles à appliquer à grande échelle. Donc, pour le grand public, ces techniques restent au mieux incertaines, au pire source de déception, surtout lorsqu’elles sont vendues comme « garanties ».

Les positions sexuelles « magiques »… On lit encore parfois que la position « missionnaire » serait plus efficace pour concevoir, ou que certaines configurations très acrobatiques favoriseraient un sexe plutôt qu’un autre.

Les équipes spécialisées en fertilité sont très claires : aucune position n’a montré de supériorité nette pour la conception, tant que le sperme est déposé dans le vagin.

En résumé : choisissez une position qui respecte votre confort, votre plaisir et le consentement de chacun. Le spermatozoïde n’a pas de mode d’emploi et aucune contorsion n’améliore soudain son sens de l’orientation, quoi qu’en dise le web.

Jambes en l’air, lune, forums et applications

Jambes en l’air, lune, forums et applications

Avec Internet, les mythes n’ont pas disparu, ils voyagent plus vite.

Les jambes en l’air après le rapport… vous connaissez peut-être la scène : une femme allongée au bord du lit, jambes relevées contre le mur, en mode « anti-gravité », par crainte que les spermatozoïdes « ressortent ».

Les professionnels de la fertilité rappellent que les spermatozoïdes nagent. Ils atteignent le col de l’utérus et les trompes en quelques minutes, sans dépendre de la position du corps après le rapport. Les études qui ont comparé le fait de rester allongée ou de se lever tout de suite après une insémination ne montrent pas de différence nette de taux de grossesse.

Si vous avez envie de rester lovée quelques minutes, pour le confort ou la tendresse, très bien. Si vous avez envie d’aller aux toilettes, très bien aussi. Vous ne « gâchez » pas vos chances.

Le mythe « il faut un orgasme pour tomber enceinte ». Une autre idée tenace dit que l’orgasme féminin serait « nécessaire » pour concevoir, parfois avec des arguments pseudo-physiologiques autour de contractions vaginales qui « aspireraient » les spermatozoïdes. Les spécialistes ne retrouvent pas de différence franche de taux de grossesse selon la présence ou non d’orgasme. La conception reste possible avec ou sans orgasme.

Ce qui compte ici, c’est votre droit au plaisir sans pression, pas une obligation technique.

Les applications et calculs simplistes du “jour 14” :
Internet adore les règles simples. Le fameux « on ovule toujours au 14ᵉ jour » continue de circuler largement, alors que de nombreuses études montrent que la durée du cycle varie beaucoup d’une femme à l’autre et, chez une même femme, d’un cycle à l’autre. La fenêtre de fertilité s’étale sur plusieurs jours, en amont de l’ovulation, pas sur un jour fixe identique pour tout le monde.

Les calculateurs et autres applications peuvent donner un repère général, mais ils ne remplacent pas l’observation réelle du cycle féminin.

Ce que la biologie confirme aujourd’hui

Si l’on met de côté les ficelles, les lys, les jambes contre le mur et les tableaux mystérieux, il reste quoi ?

Quelques points sur lesquels la communauté scientifique se rejoint :

Le sexe du bébé :
Il se fixe au moment de la fécondation, selon que l’ovocyte est fécondé par un spermatozoïde X ou Y. À l’échelle de grandes populations, la proportion reste proche de 50/50. Les régimes, positions, superstitions et prédictions maison n’ont pas montré de capacité fiable à changer cette probabilité dans des conditions de vie habituelles.

Les chances de conception :
Elles se concentrent sur une fenêtre de quelques jours : les jours qui précèdent l’ovulation et le jour de l’ovulation lui-même. Les spermatozoïdes peuvent rester féconds plusieurs jours dans la glaire cervicale, alors que l’ovocyte a une durée de vie plus courte après l’ovulation. D’où l’intérêt d’apprendre à repérer les signes de la période fertile, plutôt que de se fier à une date théorique figée.

Les “trucs” qui ne changent rien :
Les données disponibles convergent vers un constat assez rassurant : se lever après un rapport, aller aux toilettes, choisir la position qui vous convient, rire, pleurer, hésiter, ne changent pas vos chances de conception dans un cycle donné, tant que les rapports ont lieu dans la bonne fenêtre.

En revanche, certains paramètres globaux (tabac, alcool, stress chronique, carences, exposition à certains produits toxiques, pathologies non prises en charge) ont un effet bien plus réel sur la fertilité.

Pourquoi ces mythes restent si populaires ?

Parce que l’attente d’un enfant touche à quelque chose de très fort. Quand le désir de grossesse se fait pressant, le cerveau (partisan du moindre effort) adore les explications simples et les recettes rapides. Ces histoires rassurent, donnent l’impression d’avoir la main sur quelque chose qui échappe en partie. Elles circulent donc très bien, surtout lorsqu’elles semblent inoffensives.

Le problème, ce n’est pas de s’amuser d’une ancienne croyance ou de tester un calendrier pour le plaisir. Le problème commence lorsque ces mythes se nourrissent du désespoir des femmes, créent d'immenses déceptions et retardent une vraie prise en charge.

En pratique, qu’est-ce qui peut vraiment vous aider ?

Sans entrer dans les détails d’un accompagnement personnalisé, on peut résumer ainsi :

Mieux connaître votre cycle féminin et repérer votre fenêtre fertile, avec des outils sérieux et compréhensibles.
Se pencher sur votre santé globale (stress, sommeil, alimentation, exposition aux toxiques, pathologies éventuelles), avec l’aide de professionnel(le)s de santé. Obtenir, au besoin, un avis médical adapté quand le délai s’allonge ou que des signes particuliers vous inquiètent.

Entre les deux, vous avez le droit de rire du testicule droit ficelé comme un ballotin de chocolat, des tableaux chinois qui se prennent pour des oracles et des positions spectaculaires qui promettent monts et merveilles.

Votre corps mérite mieux que des recettes magiques. Il mérite des explications fiables, qui s’appuient sur ce que l’on sait vraiment aujourd’hui. Toutefois, si cela vous fait plaisir de vous fier à la lune et aux pierres magiques, comme disait Michel Blanc : « Oublie que t’as aucune chance, vas-y, fonce. On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher. »

Et si jamais vous souhaitez percer les secrets d’une fertilité qui met toutes les chances de votre côté, vous savez où me trouver !

Références utilisées pour l’article

  1. Wilcox A.J., Weinberg C.R., Baird D.D.
    « Timing of Sexual Intercourse in Relation to Ovulation – Effects on the Probability of Conception, Survival of the Pregnancy, and Sex of the Baby »
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    Disponible sur : https://nursingclio.org/2017/08/17/a-boy-or-a-girl-sex-selection-regimen-and-fertility-in-ancient-greece/ Karger Publishers+4Nursing Clio+4Atlas Obscura+4

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    Disponible sur : https://www.healthline.com/health/pregnancy/old-wives-tales-gender Parents+4Healthline+4Web-Pampers-US-EN+4

  20. Villamor E. (interview)
    « Chinese lunar calendar: Don’t paint the nursery just yet »
    Communiqué de l’Université du Michigan, 2010.
    Disponible sur : https://news.umich.edu/chinese-lunar-calendar-don-t-paint-the-nursery-just-yet/ news.umich.edu+2Ilya Kashnitsky+2